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Les coûts et bénéfices de l'investissement dans les services de contraception au Cameroun

• Le Cameroun présente l'un des rapports de mortalité maternelle les plus élevés au monde. Il a été estimé qu'en 2011, 782 femmes sont décédées pour des raisons relatives à une grossesse ou un accouchement pour 100 000 naissances vivantes.[1] Chaque année, ce sont 6 000 Camerounaises qui décèdent dans ce contexte, alors que bon nombre d'entre elles auraient souhaité éviter la grossesse.

• Le manque d'accès à des services de planification familiale de qualité contribue au nombre élevé de grossesses non désirées et survenues trop tôt. Nombre des Camerounaises ayant des grossesses non désirées sont dès lors exposées aux risques de l'accouchement sans prise en charge obstétrique adéquate ou aux périls de l'avortement à risque qui menacent les vies, la santé et le bien-être économique de ces femmes et de leur famille.

• Répondre aux besoins de contraception moderne des femmes est essentiel afin d'atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement des Nations Unies que sont l'amélioration de la santé maternelle, la réduction de la mortalité infantile et la lutte contre le VIH/SIDA. Et cela contribuerait de même, directement ou indirectement, à renforcer les efforts en vue d'atteindre la totalité des huit objectifs.

LA PRATIQUE CONTRACEPTIVE ACTUELLE AU CAMEROUN EST INSUFFISANTE

• Près de 2,3 millions de Camerounaises en âge de procréer, soit 43% des femmes de 15 à 49 ans, sont actives sexuellement mais désirent attendre avant d'avoir un nouvel enfant, ou n'en désirent plus du tout. Cependant, seulement 37% d'entre elles ont recours à une méthode de contraception moderne. Les 63% restants ont des un besoins non satisfaits de contraception.

• Au niveau régional, ce sont les femmes du Nord et de l'Extrême-Nord qui sont le plus exposées au risque d'avoir une grossesse non désirée, car elles présentent les niveaux les plus élevés de besoins non satisfaits (respectivement 85% et 87%). Ceci est probablement dû au fait que ces femmes font face à des obstacles culturels ou des difficultés d'accès plus importants dans l'obtention de contraceptifs.[2,3]

• Près de 90% des femmes les plus démunies (classées dans le quintile de richesse le plus pauvre) risquent une grossesse non désirée, contre 50% des femmes des foyers les plus aisés.

LES GROSSESSES NON PLANIFIÉES SONT POUR LA PLUPART DUES À UNE ABSENCE DE CONTRACEPTION

• Il est estimé que 490 000 grossesses non planifiées ont eu lieu au Cameroun en 2013. Près de 80% de ces grossesses sont survenues chez des femmes qui n'utilisaient pas de méthode de contraception moderne.

• Environ 36% des grossesses non planifiées en 2013, soit approximativement 175 000 grossesses, ont débouché sur un avortement, dont la majorité a eu lieu dans la clandestinité et avec des procédures à risque.

LES FEMMES ONT PLUS D'ENFANTS QU'ELLES NE LE SOUHAITENT

• En 2013, 21% de l'ensemble des naissances étaient non planifiées,[4] une proportion plus ou moins constante depuis 1991.[5]

• Avec 5,1 enfants par femmes, les Camerounaises ont beaucoup plus d'enfants qu'elles ne disent en vouloir (4,1 enfants par femme).

• La différence entre la taille souhaitée de la famille et la fécondité effective diverge également selon les régions. L'écart le plus important (2,4 enfants de plus que souhaité) est constaté dans le Nord, l'une des régions les plus défavorisées, et le plus faible dans la région du Sud, où les femmes n'ont en moyenne que 0,4 enfant de plus que désiré.[1]

LA PRATIQUE CONTRACEPTIVE PROMEUT LA SANTÉ ET SAUVE DES VIES

• Si les besoins en contraception moderne de toutes les femmes étaient satisfaits, il y aurait 373 000 grossesses non planifiées en moins chaque année, correspondant à une baisse de 76%.

• En conséquence, les naissances non planifiées, avortements et fausses-couches seraient réduits de trois-quarts, et 1 300 femmes de moins mourraient chaque année au cours de leur grossesse ou de l'accouchement. De plus, 13 000 décès infantiles seraient également évités chaque année.

• Répondre ne serait-ce qu'à la moitié des besoins de contraception moderne non satisfaits se traduirait par 187 000 (38%) grossesses non planifiées en moins chaque année, ce qui permettrait d'éviter 95 000 naissances non planifiées, 65 000 avortements provoqués et 600 décès maternels chaque année, par rapport à l'heure actuelle.




LA HAUSSE DES INVESTISSEMENTS DANS LA PLANIFICATION FAMILIALE PERMET DES ÉCONOMIES

• Au Cameroun, les dépenses totales estimées en planification familiale se sont élevées en 2013 à US$13,7 millions (6,87 milliards F CFA). Combler la moitié des besoins non satisfaits en contraceptifs modernes coûterait US$25,5 millions (12,8 milliards F CFA), et US$37,2 millions (18,7 milliards F CFA) pour fournir une méthode moderne à toutes les femmes.

• Tout franc dépensé dans des services de contraception permet au système de santé l'économie de 1,23 franc en soins maternels et infantiles.

• En comparaison des dépenses actuelles en services de contraception et soins maternels, infantiles et après avortement, répondre à seulement la moitié des besoins de contraceptifs modernes permettrait une économie nette de US$2,7 millions (1,3 milliard F CFA), et satisfaire l'ensemble de ces besoins économiserait US$5,4 millions (2,7 milliards F CFA).

• Les dépenses actuelles en santé reproductive sont inadaptées : en effet, les dépenses totales en soins de santé reproductive représentent seulement 1,1% du budget de santé du gouvernement.[6]

IMPLICATIONS POLITIQUES

• Bien que le gouvernement ait approuvé un plan stratégique qui inclut un doublement de la prévalence contraceptive d'ici 2020[7], cet objectif risque de demeurer utopique si les investissements en santé reproductive ne sont pas largement revus à la hausse.

• Parvenir à une baisse significative des taux de mortalité maternelle et infantile nécessitera des investissements supérieurs dans les soins de santé et l'infrastructure des prestations des services.

• Le gouvernement devrait également faire de l'amélioration de la qualité globale des services de planification familiale une de ses priorités, et élargir ces programmes tout en assurant leur promotion dans l'ensemble du système de santé national.



Les données de la présente fiche d'information sont extraites de Vlassoff M et al., Avantages à répondre aux besoins de contraception des Camerounaises, En bref, New York : Guttmacher Institute, 2014.

Références

1. Institut National de la Statistique et al., Cameroun Enquête Démographique et de Santé et à Indicateurs Multiples 2011, Calverton, MD, États-Unis : ICF International, 2012.

2. Sawadogo N et al., Pauvreté et Besoins Non Satisfaits en Santé de la Reproduction des Adolescents et des Jeunes en Afrique Centrale, Rapport Enquête Qualitative—Yaoundé, Yaoundé, Cameroun : IFORD, 2012.

3. Rwenge JR, Comportements sexuels parmi les adolescents et jeunes en Afrique Subsaharienne Francophone et facteurs associés, Revue Africaine de Santé de la Reproduction, 2013, 17(1):49–66.

4. Tableaux spéciaux de données de l'Enquête Démographique et de Santé et à Indicateurs Multiples du Cameroun de 2011.

5. Tableaux spéciaux de données des Enquêtes Démographiques et de Santé et à Indicateurs Multiples du Cameroun de 1991, 1998, 2004 et 2011.

6. Ministère de la Santé publique, République du Cameroun, Cadre De Dépenses à Moyen Terme Santé 2011–2013, Yaoundé, Cameroun : Gouvernement du Cameroun, 2010.

7. Ministère de la Santé publique, République du Cameroun, Plan Stratégique National de la Santé de la Reproduction, Maternelle, Néonatale et Infantile (PSN/SRMNI) 2014–2020, Yaoundé, Cameroun : République du Cameroun, 2014.


Cette fiche d'information a été rendue possible grâce à une subvention de Population Services International (PSI), sous le Fonds "Choix et Opportunités" du Ministère des Affaires Etrangères des Pays-Bas.