Numéro spécial de 2000

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Moment des premiers rapports sexuels: différences entre les jeunes hommes et femmes dans 14 pays

By Susheela Singh, Deirdre Wulf, Renee Samara et Yvette P. Cuca


Contexte: Les rapports sexuels précoces et le contexte marquant le début de l'activité sexuelle sont des indicateurs clés du risque potentiel de grossesse non planifiée, d'avortement et de contraction de maladies sexuellement transmissibles parmi les adolescents. Une étude comparative du comportement sexuel des adolescents et adolescentes dans différents pays aide les planificateurs de la santé et les prestataires à répondre à la demande des adolescents.

Méthodes: Les données des enquêtes nationalement représentatives les plus récentes de 14 pays du monde sur les comportements procréateurs ont servi à évaluer les variations régionales des comportements sexuels des jeunes. Les analyses se concentrent sur la tranche des 15 à 19 ans, mais elles tiennent aussi compte des données relatives aux 20 à 24 ans dans le but de dresser un tableau plus complet des différences de comportement entre les deux sexes durant l'adolescence.

Résultats: Dans la plupart des pays, environ un tiers ou plus des adolescentes ont eu des rapports sexuels; dans quatre pays (Ghana, Mali, Jamaïque et Grande-Bretagne), trois sur cinq environ possèdent une expérience sexuelle. Environ 50% à 75% des garçons adolescents de sept pays ont déjà eu des rapports sexuels, mais la proportion est d'un tiers ou moins au Ghana, au Zimbabwe, aux Philippines et en Thaïlande. Les jeunes non mariés sont nettement moins susceptibles d'être sexuellement actifs que de posséder une expérience sexuelle. Par exemple, au Ghana, 49% des adolescentes non mariées ont déjà eu des rapports sexuels, mais 23% seulement en ont eus durant le dernier mois écoulé.

Conclusions: Dans la plupart des pays à l'étude, une grande proportion d'adolescents courent potentiellement le risque d'issues malheureuses en termes de santé de la reproduction. Les planificateurs de programme doivent trouver le moyen d'aider les adolescents sexuellement actifs à pratiquer, toujours, des méthodes efficaces de contraception et de protection contre les maladies sexuellement transmissibles.

Perspectives Internationales sur le Planning Familiar, numéro spécial de 2000, pp. 4-12

Les premiers rapports sexuels marquent un jalon important du développement physique et psychologique des hommes et des femmes dans toutes les sociétés, et leur moment et contexte peuvent tous deux avoir des conséquences immédiates aussi bien qu'à long terme pour chacun. Les implications sociales et de santé peuvent être graves pour les femmes qui vivent leurs premiers rapports à un très jeune âge ou avant d'être mariées, surtout si elles se retrouvent enceintes et font l'expérience soit d'une naissance non désirée, soit, dans certains contextes, d'un avortement à risques. Certains cas de rapports sexuels fort précoces sont involontaires--lorsqu'une jeune fille est violée ou victime de l'inceste, par exemple, ou lorsqu'elle se résout à la prostitution par besoin économique. Les premiers rapports sexuels marquent par ailleurs le début de l'exposition potentielle des jeunes au risque de con-traction d'une maladie sexuellement transmissible (MST).

Les analystes ont commenté les différentes attentes et valeurs associées aux comportements sexuels des garçons par rapport aux filles. Ainsi, dans de nombreuses sociétés, l'activité sexuelle des garçons à un âge significativement moindre que les filles est excusable et même attendue.1 De même, les femmes, contrairement aux hommes, sont généralement censées ne posséder aucune expérience sexuelle au moment de contracter mariage. Voici peu encore, toutefois, la plupart des enquêtes relatives aux comportements sexuels et à la fécondité--y compris la grande majorité des enquêtes sur la fécondité menées dans le monde en voie de développement entre les années 1960 et le début des années 1980--s'adressaient exclusivement aux femmes.2 Aussi la connaissance des différences entre les deux sexes suivant l'âge et l'état matrimonial au moment des premiers rapports sexuels est-elle largement dérivée d'une recherche qualitative et anecdotique plutôt que de données quantitatives empiriques.

Dans certains pays industrialisés, vers le milieu des années 1970, s'inquiétant des tendances de procréation et du recours à l'avortement--et, plus tard, de la propagation des MST--parmi les jeunes, les chercheurs se sont mis à examiner les attitudes, connaissances et pratiques sexuelles adolescentes masculines aussi bien que féminines.3 Jusqu'aux années 1980 toutefois, l'étude des comportements sexuels masculins était rare, même dans le monde industrialisé.4

Indépendamment des raisons de ce faible intérêt, il aura fallu la pleine réalisation de l'échelle et de la gravité de l'épidémie mondiale du sida pour que cesse enfin la négligence substantielle des comportements sexuels masculins. Vers le milieu des années 1980, l'évolution des considérations épidémiologiques et la conscience accrue de l'importance du rôle procréateur et des besoins de santé de l'homme ayant rehaussé l'intérêt de son inclusion dans les enquêtes de planning familial et de fécondité, plusieurs programmes se sont mis à interviewer les hommes aussi bien que les femmes.

Outre les enquêtes à grande échelle des comportements sexuels, de niveau national ou métropolitain, de nombreuses études de moindre envergure et analyses nationales ou régionales ont contribué à une meilleure compréhension des complexités sociales qui influencent les comportements sexuels précoces.5Certaines de ces études et analyses se concentrent sur des questions particulièrement pertinentes dans certaines régions du monde: la prostitution commerciale et informelle des jeunes femmes dans l'Asie et ailleurs; les mariages fort précoces et parfois forcés des femmes dans le sud asiatique; le phénomène du «vieux protecteur» dans certaines régions d'Afrique subsaharienne et des Caraïbes; et, dans les pays occidentaux, la tendance aux rencontres de passage propices aux rapports sexuels sporadiques et à de nombreuses relations consécutives de brève durée. Ces études sont utiles en ce qu'elles enrichissent la compréhension des circonstances possibles des comportements sexuels des adolescents; elles ne fournissent toutefois aucune information quantitative concernant les jeunes dans leur ensemble.

Tout en reconnaissant la précieuse contribution de la recherche qualitative sur les comportements sexuels et procréateurs des jeunes, cet article adopte une approche différente: il présente des informations nationales quantitatives relatives, dans 14 pays, aux différences d'âge et d'état matrimonial, entre les filles et les garçons, au moment de la première expérience sexuelle. Les pays considérés représentent toutes les grandes régions géographiques du monde (l'Afrique subsaharienne, l'Asie, l'Amérique latine et les Caraïbes, et le monde industrialisé). Tous disposent d'enquêtes nationales contenant des données comparables sur l'activité sexuelle des jeunes.

Mesure de l'activité sexuelle
Malgré les progrès réalisés dans la représentation des deux sexes dans les enquêtes nationales et communautaires relatives aux comportements sexuels et procréateurs, la mesure précise, dans ce do- maine, doit encore faire face à de nombreux obstacles. Qu'ils le puissent ou non, beaucoup de jeunes ne répondent pas toujours ouvertement et honn- êtement aux questions touchant au sujet intime de leurs comportements et pratiques sexuels. De toute évidence, les adolescents, s'ils sont célibataires surtout ou qu'ils vivent dans un environnement où les rapports sexuels extérieurs au mariage sont censurés, sont probablement plus susceptibles encore que les adultes de se montrer réticents en ce qui concerne cet aspect de leurs comportements. Qui plus est, les très jeunes adolescents, face à leur sexualité à peine naissante, peuvent être particulièrement peu enclins à discuter cet aspect de leur vie. Le problème opposé peut cependant aussi se poser: certains jeunes hommes sur-déclarent leur activité sexuelle pour donner une impression de conformité avec les attentes qu'ils perçoivent de leur société.6 Ces distorsions différentielles accroissent la difficulté de la comparaison exacte du vécu des deux sexes.

Le caractère non volontaire de certains rapports sexuels peut également biaiser la réalité des choses: les erreurs de déclaration sont en effet plus probables lorsque l'expérience vécue comprend des rapports non consensuels. Les problèmes de méthodologie, enfin, de nature linguistique ou sémantique, peuvent entrer en ligne de compte.7 La définition que se font les répondants des termes employés dans les études de comportement sexuel («rapports sexuels», par exemple) n'est en effet pas toujours claire.

Difficile à évaluer, la mesure des distorsions inquiète suffisamment les chercheurs pour avoir donné lieu à une impressionnante littérature sur la question.8L'interprétation des données présentées ici doit manifestement tenir compte de la réalité de l'erreur. La validité globale des mesures utilisées, et leur fiabilité pour les deux sexes, ne pourront être établies qu'à travers un nombre croissant d'études approfondies.

Les informations recueillies dans cet article n'en fournissent pas moins les meilleures mesures récentes et nationalement représentatives de l'activité sexuelle des jeunes dans différents pays. De plus, comme l'analyse inclut des jeunes adultes âgés de 15 à 24 ans interrogés sur leur expérience récente, les résultats devraient être peu affectés par la capacité de souvenir des répondants quant aux dates des événements ou à leur âge au moment de certains événements particuliers.

Sources des données
Les données proviennent d'une variété d'enquêtes par sondage nationalement représentatives adressées aux hommes et aux femmes (tableau 1). Huit des pays à l'étude ont participé au programme de l'Enquête démographique et de santé (EDS), ayant recueilli ses informations auprès des hommes et femmes en âge de procréer (15 à 44 ans ou 15 à 49 ans). Deux disposaient de données relatives aux 15 à 24 ans recueillies dans le cadre d'une enquête YARHS (enquête sur l'hygiène procréatrice des jeunes adultes), dont les auteurs ont pu obtenir certains tabulations spéciales; deux autres disposaient des informations d'enquêtes nationales indépendantes de conception similaire à celle du sondage YARHS. Pour la Grande-Bretagne, les données proviennent de l'enquête nationale de 1990-1991 sur les comportements et les modes de vie sexuels (NSSAL) des hommes et femmes âgés de 16 ans et plus. Pour les Etats-Unis, elles sont issues du sondage NSM de 1991 (sondage national des hommes de 20 à 39 ans), de l'enquête NSAM de 1995 (ayant porté sur les jeunes hommes de 15 à 19 ans), et de l'enquête NSFG de 1995 sur la croissance de la famille, telle qu'étudiée à travers les femmes de 15 à 44 ans.

Malgré les questions légèrement différentes de chaque enquête, les protocoles de la recherche étaient généralement suffisamment proches pour permettre l'établissement de mesures comparables de l'âge au moment des premiers rapports sexuels et de l'activité sexuelle courante. Dans l'enquête YARHS, les répondants ont été invités à indiquer le mois et l'année de leurs premiers rapports sexuels ou, à défaut, leur âge au moment de ces premiers rapports. Le format EDS se limitait généralement à la demande de l'âge au moment des premiers rapports. Les deux modèles, EDS et YARHS, comprenaient des questions fort similaires quant à l'activité sexuelle récente. L'expression «actuellement actif/active» est définie comme ayant eu des rapports sexuels durant le mois précédant l'entrevue, sauf dans le cas des Américaines, pour lesquelles la mesure fait référence aux trois derniers mois précédant l'entrevue.

Deux des enquêtes américaines faisaient spécifiquement référence aux rapports hétérosexuels. La NSFG formulait ainsi la question: «Pensez à la toute première fois de votre vie où vous avez eu des rapports sexuels avec un homme. Pouvez-vous indiquer le mois et l'année de ces rapports?» De même, la question correspondante de la NSAM était la suivante: «Quand avez-vous connu vos premiers rapports sexuels avec une personne de sexe féminin; pouvez-vous en indiquer le mois et l'année?» En Grande-Bretagne, la NSSAL suivait une approche similaire: «Quel âge aviez-vous au moment de vos premiers rapports sexuels avec une personne de sexe opposé, ou n'en avez-vous pas encore eus?» Dans tous les autres pays, une proportion inconnue, bien que probablement faible, de l'activité sexuelle déclarée peut avoir impliqué des partenaires de même sexe.

Certaines différences de conception et d'exécution des enquêtes ont peut-être affecté minimalement la qualité des données. L'enquête britannique a probablement fourni la meilleure source d'informations et la plus exacte, son seul objectif étant, précisément, l'étude des comportements sexuels. Les chercheurs s'étaient dès lors concentrés sur la conception d'un questionnaire apte à maximiser la qualité des données. Les autres enquêtes couvraient en revanche un beaucoup plus large éventail de questions, celles relatives aux comportements sexuels ne représentant qu'une partie relativement brève de l'entrevue. Pour l'étude YARHS, certaines mesures avaient été prises pour améliorer la qualité des réponses obtenues (la correspondance de sexe, par exemple, entre intervieweurs et répondants). Au Ghana, toutefois, les intervieweurs étaient principalement de sexe masculin, tandis que dans d'autres EDS, l'équipe était mixte ou principalement féminine.

Toutes les enquêtes ont échantillonné des personnes célibataires et mariées, les interrogeant toutes, indépendamment de leur état matrimonial, sur leurs comportements sexuels. (Le mariage est défini comme incluant les unions consensuelles ou le concubinage et, à la Jamaïque, les unions par visites.) La date du premier mariage a également été demandée, permettant ainsi la mesure des rapports sexuels prénuptiaux par comparaison des dates ou âges indiqués pour les premiers rapports avec celles et ceux du premier mariage. Une relation sexuelle n'est classifiée comme prénuptiale que si elle a commencé au moins un an avant le mariage. Cette stratégie permet de rectifier les inexactitudes susceptibles d'avoir résulté de l'arrondissement des âges déclarés. L'approche est par ailleurs conservatrice en ce qu'elle exclut les relations sexuelles survenues quelques mois avant le mariage seulement.

Les niveaux de non-réponse aux questions d'âge au moment des premiers rapports sexuels et de l'activité sexuelle récente se sont avérés faibles (généralement moins de 5%),9 laissant entendre une moindre gêne des répondants que celle attendue à l'égard de ces questions.

Résultats
Initiation sexuelle et le mariage
Dans tous les pays à l'étude à l'exception des Philippines, de la Thaïlande et du Pérou, environ un tiers ou plus des jeunes femmes de 15 à 19 ans ont déjà eu des rapports sexuels; dans quatre pays (Ghana, Mali, Jamaïque et Grande-Bretagne), environ trois sur cinq possèdent une expérience sexuelle (graphique 1). Entre la moitié et les trois quarts environ des jeunes hommes de 15 à 19 ans de sept pays (Brésil, République dominicaine, Haïti, Jamaïque, Pérou, Grande-Bretagne et Etats-Unis) ont déjà eu des rapports sexuels, par rapport à un tiers ou moins au Ghana, au Zimbabwe, aux Philippines et en Thaïlande.

Les enquêtes révèlent un contexte d'expérience sexuelle précoce souvent très différent entre les jeunes hommes et les jeunes femmes, surtout dans les régions en voie de développement. Dans tous les pays représentés, les adolescentes possédant une expérience sexuelle sont beaucoup plus susceptibles d'avoir été mariées que leurs homologues de sexe masculin. Ainsi, au Zimbabwe, où environ un tiers des jeunes, filles et garçons confondus, de 15 à 19 ans ont déjà eu des rapports sexuels, deux tiers des jeunes femmes (21% au total) étaient mariées, par rapport à un nombre presque nul des jeunes hommes.

La même tendance apparaît dans la plupart des pays en voie de développement soumis à l'étude, indépendamment des différences de sexe dans les proportions de jeunes possédant une expérience sexuelle. Seule diffère la Jamaïque, en ce qu'une proportion relativement élevée des adolescents des deux sexes ayant déjà eu des rapports ont également déjà vécu en union. Cette observation surprenante et unique à la Jamaïque trouve son explication dans le type de relation dit «par visites», où les partenaires ont des rapports sexuels réguliers sans toutefois cohabiter. Ce type d'union est courant et largement admis dans les coutumes sociales jamaïcaines, sans toutefois équivaloir aux unions telles que définies dans les autres pays, où seuls les mariages légaux et les unions de concubinage sont socialement reconnus.

En Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, la mesure globale de l'expérience sexuelle des jeunes hommes est proche de celle relevée au Brésil et à la Jamaïque; pour les jeunes femmes, elle est comparable à celles du Ghana, du Mali et de la Jamaïque. La grande majorité des adolescents britanniques et américains possédant une expérience sexuelle n'ont cependant jamais été mariés (et la plupart des adolescentes mariées étaient devenues sexuellement actives avant le mariage10).

A partir de 20 ans, la situation matrimoniale et sexuelle des jeunes adultes change considérablement (graphique 2). La mesure globale de l'expérience sexuelle passe à environ 80% ou plus des femmes de sept pays (quatre pays d'Afrique subsaharienne, Jamaïque, Grande-Bretagne et Etats-Unis) et des hommes de tous les pays sauf deux (Philippines et Thaïlande). Les Philippines se distinguent par les faibles niveaux d'expérience sexuelle déclarée tant parmi les jeunes hommes que les jeunes femmes (pas plus d'environ 50% des jeunes de 20 à 24 ans des deux sexes possèdent une expérience sexuelle).

Comme pour les adolescents, le contexte des rapports sexuels des jeunes de 20 à 24 ans varie généralement largement entre les hommes et les femmes. La plupart des relations sexuelles des hommes demeurent extérieures au mariage (sauf, ici encore, à la Jamaïque), tandis qu'elles interviennent pour la plupart dans le cadre du mariage pour les jeunes femmes. Aux Philippines et en Thaïlande, les jeunes femmes adultes déclarent de très faibles niveaux de rapports sexuels en dehors du mariage.

Moment de l'initiation sexuelle
Les données des enquêtes permettent l'examen du moment du début de la vie sexuelle des jeunes hommes et femmes âgés de 20 à 24 ans. Cette analyse dresse un tableau plus complet des comportements sexuels des adolescents que les seules données recueillies auprès des adolescents (âgés, en moyenne, de 17,5 ans au moment de l'entrevue).

Chez les femmes, l'expérience sexuelle antérieure à l'âge de 15 ans est rare.* Au Ghana, au Mali, en Tanzanie, à la Jamaïque et aux Etats-Unis, au moins une femme sur sept âgées de 20 à 24 ans avait eu des rapports sexuels avant son 15e anniversaire; environ trois sur 10 en avaient eus avant l'âge de 16 ans, à l'image de plus de la moitié des Maliennes (tableau 2, page 8). Les niveaux sont inférieurs, et, pour la plupart, dans une large mesure, dans les autres pays.

L'expérience sexuelle très précoce semble légèrement plus répandue parmi les hommes dans tous les pays sauf au Ghana, au Mali, aux Philippines et en Tanzanie. Plus de quatre Jamaïcains sur 10 âgés de 20 à 24 ans avaient eu des rapports sexuels avant leur 15e anniversaire, tout comme un tiers de leurs homologues brésiliens et américains et environ un quart des jeunes hommes du Costa Rica et de la République dominicaine. Dans plusieurs autres pays, les hom- mes atteignaient ces niveaux d'expérience sexuelle avant l'âge de 16 ans, mais au Zimbabwe, aux Philippines et en Thaïlande, un maximum de 15% des hommes avaient eu des rapports sexuels à l'âge de 16 ans.

Au Ghana et au Mali, des proportions substantiellement supérieures de femmes (88% et 94%, respectivement) par rapport aux hommes (70% et 64%, respectivement) possèdent une expérience sexuelle avant l'âge de 20 ans. Par contre, en Thaïlande, au Brésil, en République dominicaine et au Pérou, la proportion des hommes possédant une telle expérience avant leur 20e anniversaire est de 18 à 28 points de pourcen-tage supérieure à celle des femmes. Dans la plupart des autres pays, la différence entre les sexes est faible, en dépit de différences plus marquées au niveau du mariage.

Les différences entre les pays du moment de l'initiation sexuelle peuvent également être capturées par comparaison de l'âge médian au moment des premiers rapports sexuels (l'âge auquel 50% de tous les membres du groupe considéré étaient devenus sexuellement actifs). Pour les femmes, cet âge médian varie entre 15,8 ans au Mali, 19,6 ans au Pérou et plus de 20 ans aux Philippines et en Thaïlande. Venant contredire la perception largement acceptée selon laquelle les garçons sont généralement beaucoup plus précoces que les filles, une plage similaire est observée chez les hommes: de 15,4 ans à la Jamaïque à 19,0 ans en Thaïlande et plus de 20 ans aux Philippines. En Amérique latine et aux Caraïbes, les hommes connaissent généralement leurs premiers rapports sexuels à un âge plus jeune que les femmes, les plus vastes écarts (plus de deux ans) étant observés au Brésil et au Pérou. Les femmes ne vivent leurs premiers rapports sexuels à un âge substantiellement inférieur à celui des hommes qu'au Ghana et au Mali; dans les autres pays, les hommes et les femmes entament leur vie sexuelle vers le même âge.

Les tendances d'initiation sexuelle précoce (avant l'âge de 17 ans) varient largement d'un pays et d'un sexe à l'autre (graphique 3). Côté femmes, la proportion de celles ayant eu des rapports sexuels avant 17 ans au Mali, à la Jamaïque, au Ghana, aux Etats-Unis et en Tanzanie est de sept à 10 fois celle en Thaïlande et aux Philippines. Côté hommes, cette même proportion, à la Jamaïque, aux Etats-Unis et au Brésil, est neuf à 10 fois celle des Philippines. L'écart entre les deux sexes est très marqué au Mali et au Ghana (où de plus larges proportions de femmes que d'hommes deviennent sexuellement actives à un âge précoce) et en République dominicaine, au Brésil, au Costa Rica, au Pérou et en Thaïlande (où la tendance inverse est observée).

Rapports sexuels prénuptiaux avant 20 ans
Le tableau 3 examine les niveaux d'activité sexuelle prénuptiale avant la fin de l'adolescence. Les taux sont également calculés en fonction du lieu de résidence urbain ou rural, dans le but d'identifier les différences éventuelles des comportements sexuels en fonction de la modernisation et d'une rapide évolution sociale, ou de son absence.

La proportion de femmes ayant vécu leur première expérience sexuelle avant l'âge de 20 ans alors qu'elles étaient encore célibataires varie entre 75% et 86% dans les deux pays industrialisés et à la Jamaïque, 38% et 58% au Ghana, en Tanzanie, au Brésil et à Haïti, et 25% et 32% au Mali, au Zimbabwe, au Costa Rica et au Pérou. Cette proportion est largement moindre en République dominicaine que dans les autres pays d'Amérique latine (15%). Etant donné, toutefois, que la mesure globale de l'activité sexuelle durant l'adolescence est à peu près la même en République dominicaine qu'ailleurs dans la région, ce moindre niveau de rapports sexuels prénuptiaux reflète probablement le fait qu'une plus grande proportion de femmes contractent une union moins d'un an après leur initiation sexuelle ou deviennent sexuellement actives dans le cadre de leur première union.

Aux Philippines et en Thaïlande, les rapports sexuels prénuptiaux sont rares parmi les jeunes femmes: 4% à 6% seulement de celles âgées de 20 à 24 ans avaient entamé leur vie sexuelle en tant qu'adolescentes célibataires. Bien que certaines femmes aient pu omettre de déclarer leurs relations sexuelles prénuptiales, ces faibles niveaux, s'ils sont typiques de l'Asie du Sud-Est, semblent indiquer une tendance distincte dans la région.

Sauf aux Philippines, la majorité des jeunes hommes ont entamé leur vie sexuelle avant le mariage et avant leur 20e anniversaire. Si cette majorité est particulièrement faible au Mali et en Thaï- lande (56% et 54%, respectivement), la mesure des rapports sexuels prénuptiaux parmi les jeunes hommes est nettement supérieure dans tous les autres pays. Au Brésil et à la Jamaïque, la proportion atteint environ 90%.

Le lieu de résidence urbain exerce une influence différente sur les comportements sexuels et matrimoniaux des jeunes hommes et femmes. Ainsi, au Zimbabwe, en Thaïlande, au Costa Rica, en République dominicaine et au Pérou, la proportion totale des jeunes ayant entamé leur vie sexuelle avant l'âge de 20 ans (avant et après mariage confondus) est considérablement inférieure parmi les femmes des milieux urbains que dans les milieux ruraux. Par contre, dans tous les pays, les hommes des villes sont pour le moins aussi susceptibles que leurs homologues des campagnes d'avoir eu des rapports sexuels avant l'âge de 20 ans. Les différences ne sont importantes qu'au Mali.

Dans deux pays seulement (Mali et Brésil), une proportion substantiellement supérieure de citadines avaient connu leurs premiers rapports alors qu'elles étaient encore adolescentes célibataires. Parmi la population féminine du Zimbabwe, de Haïti, de la Jamaïque et du Pérou, cette proportion s'avère moindre en milieu urbain qu'en milieu rural. Côté hommes, le Mali, les Philippines, Haïti et le Pérou sont les seuls pays où les habitants des villes semblent quelque peu plus susceptibles que ceux des campagnes d'avoir connu des rapports sexuels prénuptiaux en cours d'adolescence (la différence étant de 10 points de pourcentage au moins). Ces données ne viennent nullement étayer la notion selon laquelle les habitants des villes seraient plus susceptibles que ceux des milieux ruraux aux valeurs changeantes de tolérance croissante des relations sexuelles antérieures au mariage.

Ces constatations s'expliquent peut-être par le fait que l'attente d'un mariage précoce est moindre pour les femmes des milieux urbains et que, dans de nombreux cas, les citadines sont appelées à achever leurs études secondaires avant de se marier. En revanche, les hommes pourraient bien avoir davantage l'occasion de relations extérieures au mariage et, dans les milieux urbains tout aussi bien que ruraux, ils sont pratiquement tout aussi peu susceptibles de se marier avant l'âge de 20 ans. La proportion des femmes devenues sexuellement actives dans le cadre du mariage est substantiellement supérieure en milieu rural que dans les villes, et ce dans tous les pays sauf trois pour lesquels ces données sont disponibles.

Certains jeunes célibataires ne deviennent pas sexuellement actifs avant l'âge de 20 ans. Ils suivent toutefois d'autres voies: quelques-uns des répondants de 20 à 24 ans ont indiqué être devenus sexuellement actifs dans le cadre du mariage avant l'âge de 20 ans, et d'autres, dans le cadre du mariage aussi mais après l'âge de 20 ans. D'autres encore étaient toujours célibataires et sans expérience de nature sexuelle.

Chacun de ces groupes présente des besoins différents d'éducation et d'hygiène de la procréation. Ainsi, les jeunes hom- mes et femmes devenus sexuellement actifs à l'adolescence mais avant le mariage--soit un groupe considérable dans presque tous les pays, et majoritaire dans plusieurs pays--présentent un besoin urgent de services de contraception. Les adolescentes mariées qui commencent à avoir des enfants peu après leur mariage ont, elles, besoin de services d'hygiène de la grossesse et de maternité.

Rapports sexuels en dehors du mariage
Les rapports sexuels entre adolescents célibataires sont souvent sporadiques. Dans les contextes où les jeunes hommes fréquentent des prostituées, où les adolescents changent régulièrement de partenaires et où les jeunes travailleurs migrants ont des relations sexuelles dans les différents endroits où ils aboutissent, l'activité sexuelle des jeunes intervient vraisemblablement à de très larges intervalles ou avec plusieurs partenaires à court terme.

Bien que de relativement hautes proportions d'adolescents et de jeunes célibataires aient déjà eu des rapports sexuels, les proportions de ceux impliqués dans une relation courante se sont avérées bien inférieures. Au Ghana, par exemple, où 49% des adolescentes célibataires avaient déjà eu des rapports sexuels, 23% seulement en avaient eus durant le mois précédant l'enquête (tableau 4). En fait, la proportion des adolescentes sexuellement actives au moment de l'enquête représente généralement entre un tiers et la moitié, environ, de l'ensemble de celles ayant déjà eu des rapports sexuels.

Les rapports sexuels sporadiques semblent également courants parmi les jeunes hommes célibataires de 15 à 19 ans. Dans beaucoup de pays en voie de développement, la proportion, dans cette tranche d'âge, de ceux actifs est inférieure de moitié--et parfois davantage--à celle des jeunes qui possèdent une expérience sexuelle.

Une tendance à l'activité sexuelle sporadique caractérise aussi les jeunes adultes de 20 à 24 ans, surtout dans les pays en voie de développement. Pas plus du tiers, environ, des femmes célibataires de 20 à 24 ans ayant déjà eu des rapports sexuels n'étaient sexuellement actives au moment de l'enquête dans six des 12 pays disposant de ce type d'informations. Par comparaison, environ la moitié, au moins, des jeunes hommes ayant déjà eu des rapports sexuels étaient sexuellement actifs dans neuf des 11 pays disposant des données afférentes.

Les enquêtes sur les relations de partenaires (RP) de l'Organisation Mondiale de la Santé ont également mesuré l'activité sexuelle courante des adolescents célibataires; bien que la mesure utilisée dans ces enquêtes ne soit pas strictement comparable à celle utilisée ici, les résultats dans les pays inclus dans cette analyse révèlent des tendances fort similaires. Ainsi, selon l'enquête RP de la Thaïlande, 29% des hommes et 1% des femmes célibataires de 15 à 19 ans avaient eu des rapports sexuels durant les 12 mois précédant l'enquête. A Manille (Philippines), les proportions étaient de 15% parmi les adolescents et de 0% parmi les adolescentes. A Rio de Janeiro (Brésil), elles étaient de 61% parmi les jeunes hommes célibataires de 15 à 19 ans, et de 9% parmi leurs homologues féminines.11

Discussion
L'activité sexuelle suit un cours très différent parmi les jeunes hommes et femmes dans la plupart des 14 pays soumis à l'étude. Côté hommes, la plupart des relations sexuelles de l'adolescence sont extérieures au mariage. Chez les femmes, une bonne proportion de ces relations--la plus large dans certains pays--intervient dans le cadre du mariage. En raison de ces tendances et des différences d'âge entre les partenaires, l'activité sexuelle des adolescents n'est en outre pas toujours plus courante parmi les garçons que parmi les filles, même si, dans certains pays, les garçons sont plus susceptibles de devenir sexuellement actifs à un très jeune âge. Pour les jeunes célibataires, de sexe masculin surtout, les rapports sexuels semblent fort sporadiques; il est par conséquent probable que l'activité sexuelle des jeunes implique, avec le temps, plus d'un partenaire.

Les constatations de cette étude--celles relatives à l'initiation sexuelle particu- lièrement précoce surtout--sont-elles fiables? Il peut être difficile d'admettre qu'au Brésil, au Costa Rica, en République dominicaine, à la Jamaïque et aux Etats-Unis, un jeune homme sur quatre au moins a eu des rapports sexuels avant son 15e anniversaire. Compte tenu même d'un certain degré d'exagération, le début précoce de l'activité sexuelle masculine n'est probablement pas rare dans ces pays.

Faut-il du reste croire que de tels niveaux d'expérience sexuelle ne sont pas atteints par les jeunes Thaïlandais avant leur 17e anniversaire, et par les Philippins avant l'âge de 19 ans? Si les observations comparables des enquêtes RP sont rassurantes à cet égard, il est possible, dans les deux types d'enquête, que les jeunes hommes non mariés de ces deux pays sous-déclarent leur activité sexuelle pour des raisons de culture.

Et que penser des observations selon lesquelles 30% ou plus des femmes deviennent sexuellement actives, au Ghana, au Mali, en Tanzanie, en Jamaïque et aux Etats-Unis, avant la fin de leur 15e année? Avec qui ces jeunes filles ont-elles des rapports sexuels, et quel âge ont leurs partenaires? Ces rapports sont-ils consensuels? La réponse à ces questions ne pourra venir que d'études d'approfondissement qualitatives auprès des jeunes adolescents. Selon les données des enquêtes YARHS d'Amérique latine, les partenaires des adolescentes engagées dans une relation sexuelle prénuptiale sont généralement de trois à quatre ans plus âgés, ayant donc 20 à 24 ans.12 Aux Etats-Unis, 60% des partenaires de mères adolescentes âgées de 15 à 17 ans sont trois à quatre ans plus âgés qu'elles.13 Dans certains pays, tel le Mali, une grande majorité des adolescentes deviennent sexuellement actives dans le cadre du mariage. Les écarts d'âge entre époux sont cependant souvent importants, les maris étant, en moyenne, quatre à 12 ans plus âgés que leurs épouses dans 13 pays d'Afrique subsaharienne, et trois à huit ans plus âgés dans cinq pays en voie de développement des autres régions.14 La question se pose de savoir quelles sont les implications de tels mariages sur l'autonomie des jeunes femmes.

D'autres questions troublantes restent également sans réponse. Dans les pays où de très larges proportions de jeunes hommes deviennent sexuellement actifs avant l'âge de 15 ans et où les jeunes femmes retardent leurs premiers rapports, les jeunes hommes vivent-ils leur première expérience sexuelle principalement avec des prostituées? Est-il courant, pour les adolescents, d'avoir plusieurs partenaires pendant une brève période de temps, ou d'avoir des relations qui se chevauchent? Selon les données relevées en Amérique latine, il s'agirait d'une tendance courante et les jeunes hommes dont la vie sexuelle commence à un très jeune âge sont plus susceptibles que les autres d'avoir leurs premiers rapports avec une prostituée.15 Ce facteur, ajouté aux observations selon lesquelles les hommes sont susceptibles d'avoir des relations sporadiques et d'avoir plusieurs partenaires durant leur adolescence et leurs jeunes années d'adulte, laisse entendre un risque accru de contraction d'une MST (et potentiellement du VIH) avant le mariage.

De nombreux experts de la santé reconnaissent que l'expérience sexuelle acquise en cours d'adolescence ne présente pas nécessairement de risque en soi. Si les jeunes couples pratiquent des méthodes contraceptives et de protection efficaces contre les MST, et si la décision de leurs rapports est volontaire, les risques physiques et psychologiques sont minimes. Le problème est cependant urgent, pour les femmes surtout, lorsque les relations sexuelles sont involontaires, non sanctionnées par la loi ou la coutume, et que la pratique contraceptive est absente ou inadéquate.

Les rapports sexuels extérieurs au mariage, à n'importe quel âge, peuvent exposer les femmes, pauvres et non instruites surtout, à un avenir incertain en cas de grossesse et d'accouchement. Les adolescentes, généralement incapables de subvenir à leurs propres besoins, sans compter ceux de leurs enfants potentiels, risquent de souffrir plus encore du manque d'assistance sociale, financière et légale associé aux relations illégitimes.

Les conséquences des rapports sexuels extérieurs au mariage diffèrent quelque peu pour les jeunes hommes. Pour ceux dont les relations ne sont pas mutuellement monogames ou qui n'utilisent pas toujours le préservatif, le problème le plus grave est le risque élevé de contraction ou de transmission d'une MST. De plus, en cas de rapports sans protection, si la jeune partenaire se retrouve enceinte et que le jeune homme en assume la responsabilité, ses projets d'avenir risquent d'être largement compromis.

Les conditions et les implications des rapports sexuels précoces parmi les adolescents sont toutes deux susceptibles de varier largement d'un contexte culturel à l'autre. Dans les régions industrialisées et en voie de développement, de nombreuses relations sexuelles entre adolescents non mariés sont mutuellement volontaires et monogames. Certains jeunes pratiquent des méthodes efficaces de prévention des grossesses et de protection contre les MST; certaines relations mènent rapidement au mariage, et certaines adolescentes mariées n'en diffèrent pas moins la naissance de leur premier enfant.

Beaucoup de relations sexuelles précoces surviennent cependant dans des conditions moins désirables et présentent un risque presque certain. Certains jeunes hommes connaissent leurs premiers rapports sexuels avec une prostituée à un âge précoce et ont ensuite des rapports sporadiques avec différentes partenaires durant les dernières années de leur ado- lescence. Certaines jeunes femmes deviennent sexuellement actives à un âge précoce par suite d'un viol, de rapports incestueux ou sous l'effet d'une pression coercitive les poussant à avoir des rapports sexuels ou à se prostituer. Dans certains pays où les écolières sont susceptibles d'échanger leurs faveurs sexuelles contre un apport financier (pour payer leurs frais de scolarité, par exemple), le partenaire d'une adolescente célibataire peut très bien être un homme marié beaucoup plus âgé.

La tendance récente au mariage des femmes à un âge plus avancé laisse entendre, peut-être, un déclin des niveaux d'activité sexuelle pendant l'adolescence. Le tableau semble toutefois mitigé: selon une analyse des données de 36 pays en voie de développement, le déclin, dans presque tous les pays, de la proportion des femmes mariées avant l'âge de 18 ans est bien moindre que celui des relations sexuelles entamées avant ce même âge. Il en résulte une proportion croissante de femmes devenant sexuellement actives avant le mariage et à un âge plutôt jeune.16

Quant à la pratique contraceptive parmi les adolescents, la situtation est également mitigée: dans certains pays, la pratique enregistre une hausse substantielle, en dépit de niveaux encore faibles. Au Ghana, par exemple, la proportion des adolescentes mariées qui pratiquent une méthode contraceptive moderne est passée de 2% à 7% au cours des 10 dernières années.17 Les niveaux de pratique modérée observés parmi les adolescentes mariées de certains pays (30% à 46% au Brésil, en Colombie, en Indonésie, en Thaïlande et au Zimbabwe) sont encourageants. En outre, dans la plupart des pays d'Afrique subsaharienne, la majorité des adolescentes qui pratiquent la contraception ne sont pas mariées, et les adolescentes célibataires sexuellement actives sont plus susceptibles que leurs homologues mariées de connaître, d'approuver et d'avoir jamais pratiqué une méthode. Cela dit, dans une étude portant sur 26 pays en voie de développement, 25% ou plus des adolescentes célibataires sexuellement actives ne pratiquaient la contraception que dans cinq.18

Bien que limitées, les données rapportées ici indiquent que dans la plupart des pays considérés, une proportion élevée d'adolescents et de jeunes adultes courent potentiellement le risque de diverses issues malheureuses en termes d'hygiène de la procréation. L'importance du risque dépend de leur recours régulier à des méthodes efficaces de contraception et de protection contre les MST.

Pour qu'éducateurs et planificateurs puissent répondre aux besoins d'hygiène de la procréation des adolescents, il est clairement nécessaire d'encourager une recherche quantitative et qualitative apte à fournir une mesure plus précise de leurs comportements sexuels et une meilleure compréhension des circonstances de leurs rapports. Les données quantitatives présentées ici représentent un premier pas essentiel dans cette direction.

Références
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8. Ibid.

9. Blanc AK et Rutenberg N, 1990, op. cit. (voir référence 7).

10. Wellings K et Bradshaw S, First intercourse between men and women, dans: Johnson AM et al., réds., Sexual Attitudes and Lifestyles, Oxford, UK: Blackwell Scientific Publications, 1994, pp. 95-109; Hofferth SL, Kahn JR et Baldwin W, Premarital sexual activity among U.S. teenage women over the past three decades, Family Planning Perspectives, 1987, 19(2):46-53; et Singh S et Darroch JE, Trends in sexual activity among adolescent American women, 1982-1995, Family Planning Perspectives, 1999, 31(5):212-219.

11. Ferry B et al., Characteristics of survey and data quality, dans: Cleland J et Ferry B, réds., Sexual Behaviour and AIDS in the Developing World, London: Taylor & Francis, 1995, pp. 10-42; et Caraël M, Sexual behaviour, dans: ibid., tableau 4.1, p. 80.

12. Morris L, Sexual behavior of young adults in Latin America, Advances in Population, 1994, 2:231-252.

13. Landry DJ et Forrest JD, How old are U.S. fathers? Family Planning Perspectives, 1995, 27(4):159-165.

14. Bankole A et Singh S, Couples' fertility and contraceptive decision-making, International Family Planning Perspectives, 1998, 24(1):15-24.

15. Morris L, 1994, op. cit. (voir référence 12).

16. Blanc AK et Way AA, Sexual behavior and contraceptive knowledge and use among adolescents in developing countries, Studies in Family Planning, 1998, 29(2):106-116, tableau 2, p. 109.

17. The Alan Guttmacher Institute (AGI), Into a New World: Young Women's Sexual and Reproductive Lives, New York: AGI, 1998, tableau 5b, p. 30.

18. Blanc AK et Way AA, 1998, op. cit. (voir référence 16), tableau 4, p. 111.

*La plupart des enquêtes analysées ici n'avaient obtenu aucune donnée sur le caractère volontaire ou non des premiers rapports sexuels. Les proportions de rapports très précoces sont par conséquent peut-être sous-déclarées, certains jeunes dont la première expérience sexuelle avait été involontaire étant susceptibles d'exclure l'événement.

Les estimations RP mesurent la proportion des jeunes hommes et femmes de 15 à 19 ans célibataires ayant eu des rapports sexuels durant les 12 derniers mois écoulés. Notre étude mesurant l'activité sexuelle durant le dernier mois écoulé, les niveaux sont vraisemblablement inférieurs.

Susheela Singh est directrice à la recherche à l'institut Alan Guttmacher (AGI), New York; au moment de la réalisation de cette étude, Renee Samara était chercheur principal et Yvette P. Cuca, chercheur, à l'AGI; Deirdre Wulf est consultante indépendante. Les auteurs remercient Jacqueline E. Darroch pour la relecture des avant-projets de l'article et Suzette Audam, Roberta Scheinmann et Robin Hennessy pour le traitement des données et l'assistance à la recherche. Tous les remerciements, aussi, aux chercheurs suivants, pour leur apport des tabulations de données d'enquête: Leo Morris et Moises Matos (Jamaïque); Arodys Robles (Costa Rica); Corazon Raymundo et Paz Marquez (Philippines); Chai Podhisita (Thaïlande); Kathleen Kiernan (Grande-Bretagne); et Laura Lindberg (données relatives aux adolescents de sexe masculin, Etats-Unis). La recherche à la base de cet article a été subsidiée par les Pew Charitable Trusts/Global Stewardship Initiative et la William H. Gates Foundation.


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