Chaque année, partout dans le monde, des millions de femmes et de filles se trouvent confrontées à une grossesse non planifiée. Grâce à l’amélioration de l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive, toutefois, le nombre de grossesses non planifiées est en baisse, à l’échelle mondiale, depuis 1990–1994.

Une nouvelle étude publiée aujourd’hui dans The Lancet Global Health révèle cependant aussi que plus de la moitié de ces grossesses se terminent par un avortement. L’IVG se produit dans tous les pays, même sous législations restrictives. De fait, ces 30 dernières années, la proportion des grossesses non planifiées qui aboutissent sur un avortement est en hausse dans les pays soumis à de plus strictes restrictions légales et où l’accès à une contraception sûre et appropriée est, peut-être, plus difficile.

« Les conclusions de cette étude indiquent clairement la nécessité d’une approche intégrale de la santé et des droits sexuels et reproductifs, y compris l’accès à l’avortement médicalisé et légal, qui est indispensable à l’assurance de l’autonomie reproductive », déclare Herminia Palacio, PDG du Guttmacher Institute.

Rédigée par des chercheurs du Guttmacher Institute et du Programme spécial de recherche, de développement et de formation à la recherche en reproduction humaine (HRP) coparrainé par le PNUD, l’UNFPA, l’UNICEF, l’OMS et la Banque mondiale, l’étude examine l’incidence de la grossesse non planifiée et de l’avortement de 1990 à 2019.

Les grossesses non planifiées sont en baisse, mais les femmes des pays les plus pauvres courent les plus grands risques

À l’échelle mondiale, depuis 1990, l’amélioration de l’accès à la contraception s’est accompagnée d’une baisse du taux de grossesses non planifiées. Durant la période de 2015 à 2019, 121 millions de grossesses non planifiées sont survenues chaque année, soit un taux global de 64 pour 1 000 femmes âgées de 15 à 49 ans, en baisse par rapport à 79 pour 1 000 femmes en 1990–1994.

Le progrès n’est cependant pas uniforme. Les femmes des pays les plus pauvres sont près de trois fois plus susceptibles que celles des pays les plus riches de se trouver confrontées à une grossesse non planifiée, signe d’inégalités considérables et persistantes dans l’accès aux soins de santé sexuelle et reproductive.

Soixante-et-un pour cent des grossesses non planifiées (73,3 millions) ont abouti sur un avortement entre 2015 et 2019, soit un taux global de 39 pour 1 000 femmes âgées de 15 à 49 ans. Les taux et les tendances de l’avortement varient d’une région à l’autre. La baisse la plus nette est observée en Europe et en Amérique du Nord, où le taux d’avortement a chuté de 63% entre les périodes de 1990 à 1994 et de 2015 à 2019.

« La forte diminution des grossesses non planifiées et des taux d’avortement dans certaines régions du monde est, certes, bienvenue, en ce qu’elle reflète d’importants gains en termes d’accès à des services de santé sexuelle et reproductive efficaces, sûrs, acceptables et abordables », affirme Bela Ganatra, responsable de l’unité de prévention de l’avortement non médicalisé et chercheuse scientifique au HRP.

L’avortement a lieu dans tous les pays, qu’il y soit légal ou non

Durant la même période, dans les pays où la loi limite l’intervention, le taux d’avortement augmentait de 12%, alors qu’il enregistrait une légère baisse dans ceux qui l’autorisent largement. De manière générale, les taux d’avortement sont similaires (40 et 36 pour 1 000 femmes, respectivement) dans les pays où l’IVG est largement admise par la loi et dans ceux où elle est limitée, soulignant que les femmes cherchent à se faire avorter quand elles se retrouvent face à une grossesse non planifiée, indépendamment de la légalité ou non de l’interruption.

Le revenu représente un autre facteur important. Compte tenu, à la fois, de la législation applicable et du revenu, le rapport révèle les taux d’avortement les plus faibles dans les pays à revenu élevé où l’IVG est largement autorisée: 11 pour 1 000 femmes en âge de procréer, par rapport à 32 pour 1 000 dans les pays à revenu élevé où elle ne l’est pas. Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, indépendamment de la légalité ou non de l’avortement, le taux varie entre 34 et 48 pour 1 000.

L’importance de l’accès à la contraception en paraît d’autant plus claire. Bien que les données soient limitées, le plus grand nombre d’avortements dans les pays à revenu faible ou intermédiaire s’explique vraisemblablement par un manque d’accès à une gamme d’options contraceptives économiquement abordables et acceptables. Ces options venant s’ajouter à, et s’insérer dans le cadre d’un plus large éventail de services de santé sexuelle et reproductive, essentiel si l’on veut assurer la capacité des femmes et des individus  à planifier et espacer leurs grossesses.

Les données d’une étude antérieure montrent que les avortements pratiqués dans les contextes soumis à des lois restrictives sont plus susceptibles d’être non médicalisés que ceux réalisés dans les environnements moins sévères. Les femmes en sont exposées à un plus grand risque d’affections physiques et mentales, telles qu’infections, hémorragie, lésions internes et traumatisme psychologique. L’avortement non médicalisé représente entre 5% et 13% de la mortalité totale en cours de grossesse et d’accouchement, soit un nombre compris chaque année entre 22 800 et 59 280 décès.

« L’imposition de restrictions légales pour empêcher ou entraver l’accès à l’avortement ne réduit pas le nombre de personnes qui cherchent à obtenir ces services, mais elle augmente certainement le risque de préjudice physique et émotionnel non justifié, sans compter parfois aussi les sanctions légales et les difficultés financières qui peuvent en résulter », affirme Zara Ahmed, directrice associée pour les questions fédérales au Guttmacher Institute.

Dans les pays de tous niveaux de revenu, ceux qui limitent l’avortement présentent aussi des taux de grossesses non planifiées nettement supérieurs, laissant entendre un moindre accès à la planification familiale et aux autres services essentiels de santé reproductive par rapport aux autres pays.

Les soins de santé reproductive de haute qualité sont essentiels à la santé, à la sécurité et au bien-être

Comme le souligne Jonathan Bearak, auteur principal de l’étude et chargé de recherche principal au Guttmacher Institute: « La grossesse non planifiée et l’avortement représentent un vécu de santé reproductive partagé chaque année par des millions de personnes dans toutes les régions du monde, indépendamment de leur statut personnel ou de leurs circonstances. La seule différence tient aux obstacles — légaux, sociaux, économiques ou autres — opposés à l’exercice de leur autonomie reproductive. »  

Les soins de santé sexuelle et reproductive sont essentiels à la couverture sanitaire universelle et au respect des engagements mondiaux pris dans le cadre des Objectifs de développement durable concernant l’assurance de l’accès de tous à des services de soins de santé sexuelle et procréative, la réduction du nombre de décès maternels et l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes et des filles.

Pour aider les pays à atteindre ces objectifs, la Commission Guttmacher-Lancet sur la santé et les droits sexuels et reproductifs — un groupe international d’experts pluridisciplinaires — recommande que soit inclus dans les systèmes de santé nationaux un ensemble complet de services essentiels de santé sexuelle et reproductive, y compris des soins de contraception efficace et d’avortement médicalisé.

Notes aux rédacteurs

L’étude Abortion and Unintended Pregnancy Worldwide est un projet de recherche établi concernant l’incidence de l’avortement et de la grossesse non planifiée à l’échelle mondiale et par région.

En 2020, l’étude repose sur une méthodologie actualisée plus complète où, pour la première fois, le nombre de grossesses survenues dans le monde est estimé, de même ensuite que le nombre de ces grossesses qui n’étaient pas planifiées, puis de celles terminées par un avortement. Ces nombres sont ventilés par groupes de revenu du pays, par régions en termes d’Objectifs de développement durable et suivant la légalité de l’avortement.

Les pays sont considérés comme soumis à une législation restrictive si l’avortement est totalement interdit, admis pour sauver la vie de la femme seulement ou admis pour protéger sa santé. L’étude a constaté des taux d’avortement similaires indépendamment du type de restriction légale. L’expression « largement autorisé (ou admis) par la loi » indique que l’avortement est disponible sur demande ou pour raisons socioéconomiques largement définies.

Le Guttmacher Institute

Le Guttmacher Institute est un éminent organisme de recherche et d’élaboration de politiques voué à la promotion de la santé et des droits sexuels et reproductifs aux États-Unis et dans le monde.

Le programme spécial de recherche HRP

HRP (Programme spécial de recherche, de développement et de formation à la recherche en reproduction humaine coparrainé par le PNUD, l’UNFPA, l’UNICEF, l’OMS et la Banque mondiale) est, au sein du système des Nations Unies, le principal instrument de recherche en matière de reproduction humaine. Il rassemble des décideurs politiques, des scientifiques, des prestataires de soins de santé, des cliniciens, des consommateurs et des représentants de la communauté dans le but de définir et de prioriser la recherche au profit de l’amélioration de la santé sexuelle et reproductive.

https://www.who.int/reproductivehealth/hrp/fr/