Selon une nouvelle étude réalisée sur la base de données de 2016, la majorité des femmes qui cherchent à obtenir des soins après un avortement non médicalisé à Kinshasa souffrent de complications graves ou moyennement graves. En 2016, 37 900 femmes ont obtenu un traitement pour complications d’un avortement à Kinshasa, capitale et plus grande zone urbaine de la République démocratique du Congo (RDC). L’étude, sous la conduite de chercheurs de l’Université de Kinshasa et du Guttmacher Institute new-yorkais, documente pour la première fois les conséquences de santé immédiates des complications résultant de l’avortement non médicalisé chez les femmes admises dans les établissements de santé de Kinshasa, ainsi que le type de traitement apporté à ces patientes. Les chercheurs ont constaté que les femmes soignées après avortement étaient le plus souvent traitées selon des méthodes dépassées non recommandées par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Au titre du code pénal de la RDC, l’avortement est actuellement interdit par la loi, sans exception, en RDC. Bien que les interruptions de grossesse puissent être admises dans de rares circonstances, lorsque la vie de la femme est en danger, les femmes en quête d’avortement n’ont généralement d’autre choix que de recourir à des interventions clandestines, souvent pratiquées dans des conditions dangereuses. Les experts anticipent cependant une évolution possible de la légalité de l’avortement. La RDC est en effet signataire du protocole de Maputo, un traité régional sur les droits des femmes qui préconise la légalisation de l’avortement lorsqu’il est nécessaire pour protéger la santé physique et mentale de la femme, ainsi que dans les cas de viol, d’inceste et d’anomalie fœtale. En mars 2018, le gouvernement de la RDC a publié le protocole au Journal officiel de la nation, affirmant ainsi son entrée en vigueur.

« L’avortement non médicalisé continue de faire peser une charge immense sur la santé et le bien-être des femmes à Kinshasa », déclare le docteur Patrick Kayembe, coauteur de l’étude et professeur à l’École de Santé publique de l’Université de Kinshasa. « Il est crucial d’améliorer l’accès à l’avortement sans risques et aux soins après avortement pour que la RDC réalise de véritables progrès vers la réduction de ses taux toujours élevés de mortalité maternelle. »

Globalement, environ un quart des 146 700 avortements survenus à Kinshasa en 2016 ont donné lieu à des complications traitées dans un établissement de santé. Les experts kinois consultés dans le cadre de l’étude estiment que 11 500 avortements de plus ont entraîné des complications qui auraient dû recevoir une attention médicale mais sont restées sans traitement.

Parmi les femmes traitées pour complications d’un avortement non médicalisé, 16% étaient atteintes de complications graves (choc, défaillance d’organe ou mort); près de la moitié présentaient des complications moyennement graves et les 38% restants, des complications tout au plus légères. Quinze pour cent seulement des femmes souffrant de complications graves ont reçu une médication analgésique dans le cadre de leurs soins après avortement.

L’étude a aussi constaté que près de trois quarts des complications après avortement étaient traitées selon des méthodes dépassées, comme la dilatation et le curetage (DC). L’OMS recommande plutôt le recours aux méthodes plus sûres et moins douloureuses de l’aspiration intra-utérine et/ou de l’avortement médicamenteux.

« L’État a réalisé d’importants progrès vers l’élargissement de l’accès à l’avortement légal médicalisé en instaurant le protocole de Maputo », affirme M. Akinrinola Bankole, auteur principal de l’étude et attaché supérieur de recherches au Guttmacher Institute. « La mise en œuvre est en cours, mais la qualité et la disponibilité des soins après avortement doivent encore être améliorées. »

La grossesse non planifiée est la raison fondamentale à l’origine de la plupart des avortements. Aussi les auteurs préconisent-ils la prestation accrue de services de contraception intégraux, y compris l’offre de méthodes de haute qualité et un conseil apte à aider les femmes à identifier les méthodes qui répondent le mieux à leurs besoins. Ils recommandent par ailleurs l’élaboration et la diffusion générale, sous les auspices du ministère de la Santé, de nouvelles normes et directives qui reflètent l’élargissement de l’accès légal à l’avortement sous-entendu par la publication officielle du protocole de Maputo. Les auteurs estiment indispensable d’investir dans l’information des prestataires sur les nouvelles dispositions légales et leur formation à la prestation de soins d’avortement sans risques. Les efforts d’élargissement de l’accès à l’avortement médicalisé doivent en outre inclure des campagnes d’éducation publique pour sensibiliser les femmes au droit qu’elles ont de recevoir ces soins.

« The Severity and Management of Complications Among Postabortion Patients Treated in Kinshasa Health Facilities », par Akinrinola Bankole et al., est publié en ligne dans International Perspectives on Sexual and Reproductive Health.